#4-Sélection massale

A Aubignas, le 9 février 2020.

Chaque année au tournant des mois de Janvier et Février, le monde du vin s’éveille à l’occasion des grands salons professionnels. Les vignerons interrompent la taille pour faire goûter les « bruts de cuve » des précédentes vendanges aux importateurs étrangers, aux cavistes, bars à vin, restaurateurs etc. Pour ceux fabriquant des vins naturels ou en biodynamie, c’est La Dive Bouteille, Le Vin de mes Amis, Les Greniers Saint Jean…
Nous nous sommes prêtés au jeu non sans peur. C’est la première fois que l’on montrait notre travail à des professionnels, et que l’on était confronté directement à la problématique de la vente (ou non…) de notre vin
.
Encore une fois, Antonin Azzoni nous a beaucoup aidé. Il nous a invité à partager son stand au salon des « Vignerons de l’Irréel » à Montpellier. Toutes les personnes qui passaient pour goûter son vin goutaient le nôtre. Nous avons eu des contacts concrets dès la première matinée. « Elle Tremble » a plu et nous sommes repartis avec pas mal de clients potentiels.Ces retours viennent valider nos efforts des derniers mois, et ainsi nous donner beaucoup de force pour le travail dans les champs et à la cave à notre retour à la maison. Nous avons reçu depuis plusieurs commandes fermes venant du Japon, de Suisse, du Danemark… Notre prochain salon sera « La Remise », début avril à Sète. Nous serons de nouveau aux côtés d’Antonin.
Pour l’occasion, nous avions troqué les gaffers rouges d' »Elle Tremble » pour une étiquette que mon père nous a préparée en ce début d’année. Il s’est inspiré des dessins de l’architecte Franck Llyod Wright. Il travaille maintenant sur une version un peu différente pour la mise en bouteille, qu’on espère en mai.

A la cave, le vin continue lentement son travail. Comme chez beaucoup d’autres vignerons cette année (même les conventionnels), le vin n’est pas encore « sec », ou « fini ». Il reste un peu de sucre qui ne s’est pas encore transformé en alcool, sous l’action des levures. La faute à un millésime extrêmement chaud et sec, qui a gorgé les raisins de sucre (15° potentiel pour « Elle Tremble »!) et épuisé les populations de levures indigènes, sans lesquelles nous restons démunis en vinification naturelle. L’hiver vient mettre en sommeil les levures et donc les processus de fermentation. Reste à attendre le printemps et la remontée des températures, pour que tout ce beau monde se remette au boulot et finisse le travail. D’où notre incertitude sur la date de la mise en bouteille.

Aujourd’hui, nous sommes allés récoltés chez Samuel Boulay, vigneron en biodynamie dans la vallée de l’Ibie, des sarments de vieilles vignes pour notre pépiniériste. D’abord juste devant chez lui, au Mas de la Bégude, puis dans la parcelle « des Esprits », plus haut dans un petit vallon escarpé. Nous avons pris 1000 sarments de 10 « yeux » (ou bourgeons), soit 10000 yeux de Roussanne, Syrah et quelques Viognier et Savagnin.
Les vignes dans lesquelles nous sommes allés récupérer ont été plantées par Robert, du fameux « Hommage à Robert », et chouchoutées pendant des années par Gilles Azzoni. C’est un beau cadeau que nous fait Samuel en léguant de bon coeur ces sarments et par la même occasion une partie de l’héritage des Azzoni sur nos terres !

Ces bois nous permettent de faire pour nos futures vignes ce que l’on appelle de la sélection massale. C’est un procédé vieux comme la viticulture mais qui est devenu extrêmement minoritaire dans la viticulture issue de la deuxième moitié du XXème siècle.
99% des plantations de nouveaux plants de vigne se font en sélection « clonale ». C’est à dire que l’on choisit, en prenant notre projet comme exemple, 2250 pieds de Roussanne au génome identique. L’objectif principal est d’avoir des plants peu sensibles aux maladies, et productifs, validés par l’INAO. Mais quel appauvrissement du patrimoine génétique et culturel de nos vignes! Par exemple, Il existe une dizaine de clones différents de Syrah disponibles sur le marché mondial. Pour la Roussanne, on descend à trois. A l’inverse, la sélection massale consiste à choisir dans des parcelles vieilles de plus de 50 ans, des sarments de vignes qui ont toutes un patrimoine génétique différent.
Nous aurons 9000 pieds de vigne sur notre propriété. Il nous semble plus logique d’avoir 9000 individus singuliers plutôt qu’une armée de 9000 clones.

Voilà les nouvelles fraiches de ce début d’année. On vous embrasse et à bientôt.

Salon des irréels @copyright Aurélien Avril
Elle tremble
Avec les Roussannes
Dans la vigne « des Esprits »

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